La Fondation Marcello

La Fondation Marcello, créée en 1963, et dont le siège est à Fribourg (Suisse) a pour but de conserver, sauvegarder et promouvoir la mémoire de l’artiste Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione Colonna (1836-1879) sculpteur et peintre sous le pseudonyme de « Marcello ».

Adèle d’Affry, issue d’une vieille famille patricienne du canton de Fribourg et dont les ancêtres se sont illustrés pendant plusieurs générations dans le Service Suisse en France, nait à  Fribourg en 1836. Elle perd son père à  l’âge de 5 ans. Elle reçoit l’éducation traditionnelle des jeunes filles de son milieu (dont cours de dessin et de sculpture) et épouse à  l’âge de 20 ans Carlo Colonna, Duc de Castiglione Aldovrandi. Veuve neuf mois plus tard, la jeune femme se consacre désormais à  l’art, principalement à  la sculpture et exposa pour la première fois au Salon de 1863 à  Paris. Tenant à  éviter l’étiquette d’une artiste-amateur ou appréciée à  cause de son nom ou de son sexe, elle choisit dès le début un pseudonyme masculin « Marcello », le nom d’un compositeur italien du 18ème siècle.

La duchesse Colonna – tel est le nom sous lequel on la rencontre le plus souvent dans les documents de l’époque – vit entre Paris, Rome et Fribourg. Au début de son séjour parisien, elle fréquente les milieux de l’opposition – avec Adolphe Thiers se développe une longue amitié qui se reflète dans une abondante correspondance – mais, à  partir de 1863, elle sera également reçue à  la cour impériale. Sa vocation d’artiste et une admiration pour l’œuvre de Michel-Ange la rapproche de Jean-Baptiste Carpeaux qui devient un de ses grands amis. Elle fréquente également le sculpteur classicisant Auguste Clésinger qui fera un buste d’elle. Plus tard, son cercle d’amis artistes s’étend à  Ernest Hébert, Henri Regnault, Mariano Fortuny mais aussi aux musiciens Charles Gounod et Herbert Liszt. Elle est également très liée avec Prosper Mérimée. Une connivence amicale – celle d’avoir à  s’imposer comme femme-artiste dans un métier dominé par les hommes – l’unit à  Berthe Morisot dont elle peint le portrait. Le combat qu’elle mène est illustré par un détail piquant : Edouard Manet voulait faire son portrait mais elle refuse, craignant de se compromettre avec un artiste contesté. C’est Gustave Courbet qui fera son portrait en 1870.

Marcello expose pour la première fois au Salon de 1863 trois bustes remarqués dont la fameuse Bianca Capello. Dès lors, elle présente régulièrement des œuvres, toujours sous son pseudonyme même si l’identité de l’artiste est rapidement dévoilée. Elle voyage beaucoup : Paris, Rome et la maison familiale à Givisiez qu’elle fait agrandir pour y aménager son atelier sont les trois pôles de sa vie. En 1868, une année césure qui lui permet d’évoluer vers un style plus libre et expressif, elle voyage en Espagne avec Henri Regnault et Georges Clairin. De janvier 1869 à  avril 1870, elle s’installe à  Rome : c’est une période de créativité intense. Elle y réalise son chef-d’œuvre, la Pythie, dont le bronze est ensuite acheté par Charles Garnier pour le nouvel opéra de Paris. Malheureusement, les signes de la maladie qui l’emportera en 1879 s’amplifient malgré les cures. Elle meurt de la tuberculose à l’âge de 43 ans le 14 juillet 1879 à  Castellamare près de Naples. Sa dépouille mortelle est ramenée, selon ses désirs, à  Givisiez où elle repose à  l’ombre de la colonne mortuaire qu’elle avait elle-même dessinée.

Dans son testament, Marcello prévoit un legs important à l’Etat de Fribourg qui donne lieu à la création du Musée Marcello Colonna sous forme de salon-atelier, ouvert en 1881. Sa mère, la comtesse d’Affry qui survit sa fille de presque 20 ans, fait tout pour conserver souvenir et rassemble les fonds d’atelier, y compris ébauches, plâtres, tableaux, dessins, objets quotidiens, lettres et documents, photos, bibelots et tapisseries. La Fondation Marcello est la gardienne de ce patrimoine exceptionnel par sa variété et par l’étendue des relations de la duchesse Colonna avec nombre de personnalités de son époque tant sur le plan artistique que sur le plan social.

Marcello, longtemps tombée dans l’oubli comme beaucoup d’artistes du 19ème siècle, a été lentement redécouverte à partir des années 1970. Le renouveau d’intérêt pour le Second Empire, le rôle de pionnier joué par la duchesse Colonna comme femme sculpteur, la personnalité hors du commun de la femme du monde et de l’artiste, sans doute aussi le terrain de recherche encore vierge ont conduit depuis une vingtaine d’années de nombreux chercheurs de différents horizons à se pencher sur l’œuvre et la vie de Marcello et sur le cercle de ses connaissances.

La Fondation Marcello, créée en 1963, est une fondation ordinaire relevant de l’art. 80 du Code Civil suisse. Elle est soumise au Service de Surveillance des Fondations du canton de Fribourg. Son premier but est de sauvegarder l’ensemble des œuvres de Marcello, sculptures, peintures, dessins, photos, archives et autres objets liés à sa mémoire. Le deuxième but est de promouvoir l’œuvre de Marcello, la personnalité de la duchesse Colonna et le cercle d’amis artistes, écrivains, musiciens, hommes politiques qui gravitent autour d’elle.

La Fondation Marcello met son patrimoine à disposition des chercheurs et des projets d’expositions et de publications. Elle est également désireuse de rassembler toute documentation supplémentaire qui pourrait compléter son information ou ses collections. Localiser des œuvres ou des lettres, être au courant des ventes d’oeuvres, des publications, des expositions qui pourraient avoir un rapport avec Marcello est de la plus grande importance pour une gestion dynamique de son patrimoine. La Fondation espère une collaboration toujours plus large avec les musées, sous forme de prêts et autre, à fin que l’œuvre de Marcello soit représenté dans son contexte historique, culturel et artistique.

En dehors des chercheurs, la Fondation se veut ouverte à un plus large public: il est possible pendant la période d’été de visiter sur rendez-vous (par groupe de 15 personnes) l’atelier de Marcello dans la maison où elle a vécu.

Pour tout contact avec la Fondation Marcello, veuillez vous adresser à

contact-marcello

[1]  Voir thèse de doctorat d’Henriette Bessis

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